Les Litanies de l'ombre

1991

Piano

11 mn

• Première audition : juin 1991, salle Gaveau, Paris (France), lors du concours de fin d’année du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (œuvre imposée).

• Première audition publique : 27/01/1992, salle Cortot, Paris (France), dans le cadre de la Société nationale de musique - Hideki Nagano.

• Éditeur : Alphonse Leduc.

• Commande du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

• CD «Chorus» (Accord/Universal 476 1282 - 2003).

• CD «En miroir» (Mirare MIR 362 - 2017).

 

 

 

 

 

 

Écrite alors que le compositeur finissait ses études au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et à peu près contemporaine de sa Première Symphonie (« Kyrie d’une messe imaginaire ») pour orchestre, cette pièce reste la plus représentative de ses préoccupations d’alors.

Ce qui frappe à l’audition, c’est ce combat violent et incessant entre mysticisme et sensualité, entre d’un côté une mélodie grégorienne – du faux grégorien d’ailleurs – aux couleurs polymodales, et une « série thème » se dessinant peu à peu aux harmonies beaucoup plus mouvantes et aux rythmes irrationnels renforçant le climat instable de l’ensemble. Tout y est dit de manière haletante, convulsive, effrénée. L’opposition de mondes sonores opposés y est à la fois brutale et permanente. Quand ils ne s’affrontent pas en s’interrompant mutuellement comme les brusques irruptions de la période introductive, sonnant comme des prémonitions de l’évolution ultérieure, ces mondes se superposent, se confondent, entraînant une écriture par strates superposées qui rend l’exécution de l’œuvre particulièrement ardue.

La grande progression finale, par exemple, reposant sur la persistance obstinée d’un choral grave émanant du Dies iræ, voit dans le medium de l’instrument des réminiscences grégoriennes se déformer dans un contrepoint brumeux alors que dans un troisième plan aigu naît une sorte de danse « macabre » à un tempo complètement différent. D’où une écriture polyrythmique très fréquente nécessitée par la conduite du discours. Ce que l’on retient principalement, l’exécution de l’œuvre achevée, c’est une architecture basée sur deux longues progressions formelles, la première retombant à son sommet dans une antienne évoquée comme un souvenir lointain, alors que la seconde aboutira à une sorte de tempête sonore où tous les « personnages thématiques » viendront déferler avant d’en ressortir, exsangues, sous le tintement d’un glas immuable et envoûtant.

Thierry Escaich